
Enseignant : Kouassi Kré Jean Modeste
Matière enseignée : Anglais
École : Collège Privé Mely de Pakouabo
Titre du conte : La fille qui ne doit jamais pleurer
Élève qui a recueilli le conte : Kouamé Aya Arielle Prestige
Village : Pakouabo
Langue maternelle : Gouro
Il était une fois, une femme qui vivait avec ses deux enfants. Gravement malade et sentant sa fin approcher, elle appela sa fille aînée et lui dit : « Moi, votre mère, je vais bientôt mourir. Mais assures toi que ta petite sœur ne pleure jamais. » Peu après, elle décéda et fut enterrée.
Quelques jours après, les deux sœurs se trouvèrent affamées puisqu’elles n’avaient rien à manger. Elles s’infiltrèrent alors chez leur voisin parti au champ et commencèrent à manger ses provisions.
Tandis qu’elles mangeaient, le voisin et sa famille arrivèrent du champ et les surprirent en flagrant délit. Aussitôt, elles abandonnèrent les plats et se sauvèrent. Les voisins se mirent à les poursuivre. Les deux sœurs couraient, couraient et couraient mais, le voisin et sa famille restaient à leur trousse. Épuisées et sur le point d'être rattrapées, les sœurs escaladèrent précipitamment un gros arbre, grimpant jusqu'à atteindre la cime pour échapper à leurs poursuivants. Quand les fils du voisin arrivèrent au pied de l’arbre, ils se rendirent compte qu’ils ne pouvaient pas les suivre. Ils décidèrent donc d’abattre l’arbre.
Après plusieurs coups de hache, l’arbre fut sur le point de tomber. Mais, à ce moment-là, un margouillat sortit d’un trou, remua deux fois la tête et le tronc de l’arbre se redressa. Les garçons reprirent une nouvelle fois la cognée. Ils redoublèrent d’ardeur. Mais, une nouvelle fois, le margouillat sortit du même trou, remua deux fois la tête et le tronc de l’arbre se redressa. La scène se répéta trois fois. Puis, la petite sœur, sur l’arbre, dit à son aînée de tuer le margouillat. Mais celle-ci répliqua : « N’est-ce pas grâce à ce margouillat que nous sommes encore en vie ? Pourquoi veux-tu qu’on le tue ? » La cadette répartit : « Si tu ne veux pas que nous le tuons, je vais pleurer. »
Songeant à la dernière volonté de leur défunte mère, l’aînée se résolut à tuer le margouillat qui les avait protégées jusqu'alors. Le margouillat mort, les fils du voisin se remirent à la tâche et réussirent à abattre l’arbre. Toutefois, juste au moment où le tronc allait heurter le sol avec les filles dessus, un aigle majestueux apparut et les saisit sur son dos. Elles étaient une fois encore sauvées et hors d’atteinte des enfants du voisin. Elles s'envolèrent haut dans le ciel, à l'abri du danger.
Cependant, le répit fut de courte durée, car la cadette ne tarda pas à se manifester. Elle demanda encore une fois à son ainée de tuer le l’oiseau. Mais l’aînée rétorqua : « Si nous tuons cet aigle, nous allons nous écraser au sol et mourir ! » La cadette menaça encore une fois : « Si tu ne veux pas que nous le tuons, je vais pleurer. »
Sous la pression de sa cadette, la grande sœur se vit à nouveau contrainte de tuer l'aigle. Lorsqu'elle commit l'acte, elles chutèrent du ciel avec l'oiseau, perdant connaissance à l'impact. Elles restèrent inconscientes au sol pendant un moment, enveloppées dans un long silence.
Plus tard, une torture trottinant dans les herbes les aperçut sur son passage. Elle s’arrêta, les observa un instant puis alla cueillir des feuilles. Elle les appliqua sur leurs yeux et les deux sœurs reprirent connaissance. L’aînée remercia chaleureusement leur bienfaiteur qui reprit son chemin. Mais la cadette allait encore s’illustrer. Elle demanda à sa sœur de tuer la tortue. Une fois encore, l’aînée s’opposa à sa sœur. Mais cette dernière brandit à nouveau sa menace : « Si tu ne veux pas que nous le tuons, je vais pleurer. » Et l’aînée s’exécuta : elles tuèrent la tortue qui les avait sauvées.
Puis les filles se remirent en marche, dans la forêt. Plus loin, elles aperçurent un champ et demandèrent : « À qui appartient ce champ ? » Tout à coup, une vieille dame apparut et leur demanda : « D’où venez-vous ? » Elles lui racontèrent leur mésaventure. Les prenant en pitié, la vieille femme décida de les recueillir chez elle. Elle leur offrit gîte et couvert avec tant de générosité et de chaleur que les filles se sentirent rapidement comme ses propres enfants. Les filles trouvèrent le bonheur et la sécurité à ses côtés, à l'abri de tout danger. Cependant, une règle stricte leur fut imposée : ne jamais sortir la nuit, car un méchant génie rôdait dans le village, dévorant quiconque osait s'aventurer dehors après le coucher du soleil.
Le temps s’écoulait et la vie était heureuse. Mais, une nuit, la cadette eut envie d’uriner. L’aînée lui proposa un vase mais la cadette refusa. Elle voulait sortir. L’aînée la supplia d’y renoncer mais elle répliqua : « Si tu ne veux pas que je sorte, je vais pleurer. » Vaincue, l’ainée accepta de la laisser sortir. Une fois à l'extérieur, la cadette changea de plan. Au lieu d'uriner, elle creusa un trou, rassembla quelques feuilles de bananier, puis s’y allongea. Elle se recouvrit de feuilles de bananier pour se camoufler, lui permettant d'observer discrètement le génie sans être vue.
Son heure venue, alors qu’il faisait la ronde du village, le génie sentit la présence d’une personne. Il entonna alors un chant :
Djia coné djoulidjooo !
La petite fille dans le trou et couverte de feuilles de bananier répondit :
Ylinylin léé djoylidjooo.
Le génie reprit encore :
Djia coné djoulidjooo !
Et la petite fille sous les feuilles de bananier dans le trou répondit encore :
Ylinylin léé djoylidjooo.
Or, à chaque fois que le génie entonnait son chant mystique, la jeune fille lui répondait, guidant involontairement ses pas vers elle. Son chant continuait et avec chaque réponse, il se rapprochait inexorablement de sa cachette. Finalement, il découvrit son abri, écarta les feuilles et entonna à nouveau son chant en guise de défi. La fille répliqua par un autre chant. Lorsqu'il dégaina son épée pour l'attaquer, elle bondit hors de sa cachette, arracha l’épée des mains du génie et le transperça d'un coup vif. Le génie tomba et mourut. La fille abandonna son corps là, laissa ses deux chaussures près du cadavre et alla se coucher.
Au lever du jour, les villageois constatèrent la mort du génie. Certains se demandèrent : « Qui a pu tuer ce génie ? » D’autres disaient : « Personne n’a pu tuer ce génie car tous ceux qui se sont levés contre lui ont péri ». Certains villageois proposèrent alors de tester les chaussures trouvées près du corps du génie en faisant essayer la paire à chaque habitant.
Un à un, les villageois essayèrent les chaussures retrouvées près du corps du génie, mais aucune paire ne trouva son propriétaire. C'était alors le tour de la cadette. À la stupéfaction de tous, les chaussures s'ajustèrent à ses pieds comme si elles avaient été faites pour elle. Devant cet ajustement impeccable, tous conclurent que c'était elle qui avait réussi à vaincre le génie.
Grâce à son courage, le village fut enfin libéré de la terreur du génie. Reconnaissants, ils couvrirent la jeune héroïne de cadeaux. Les deux sœurs devinrent ainsi riches et respectées de tous. La vieille femme qui les avait accueillies rayonnait de fierté devant leur réussite.