
Enseignant : Mlle AKA Gwladys
Matière enseignée : Français
École : Collège Privé Mienmoh de Pakouabo
Titre du conte : Moha N’dri
Élève qui a recueilli le conte : Golly
Village : Pakouabo
Langue maternelle : Baoulé
Autrefois, le ciel était en bas et la terre en haut. Quand les habitants du ciel faisaient la cuisine, la terre y mettait du sable. C’est pour cela qu’il y a eu permutation de positions entre les deux entités. Le ciel est désormais en haut et la terre en bas. L’histoire que je vais conter date de cette époque.
Il y a très longtemps, une jeune fille du nom de Moha N’dri refusait tous ses prétendants au mariage. Un jour, un beau et jeune homme l’aborda. Elle accepta sa proposition de mariage. Dans la précipitation, leur union fut scellée, le soir du même jour. L’union scellée, il fallait rejoindre le domicile conjugal. Alors, le couple se mit en chemin. Mais il passa plusieurs jours et plusieurs nuits à marcher.
À leur arrivée, l'homme invita son épouse à faire chauffer de l'eau pour qu'il puisse se laver. Il s'installa ensuite confortablement sur une chaise et ôta son chapeau. Quelle ne fut pas la surprise de Moha N’dri de constater que son époux avait un gros morceau de bois sur la tête. Elle réalisa alors qu’elle s’était mariée à un génie sans le savoir. Lorsqu'il retira le morceau de bois, Moha N’dri découvrit une grosse plaie incurable sur la tête de son époux. Elle comprit qu'elle devrait soigner cette blessure chaque jour pour le reste de sa vie. Puis elle aperçut un autre morceau de bois. Celui-là devait lui servir de pagaie pour remuer la plaie pendant les soins. Alors qu'elle commençait les soins, son mari se mit à chanter.
Moha N’dri é Moha N’dri é
Kan mi nou
N’dri wan kpoudan
Bian klaman tché
Kan mi nou
(Moha N’dri Moha N’dri
Remue ma plaie
Parce que tu veux marier
Le plus beau garçon du monde).
Un mois après le mariage, les parents étaient sans nouvelles de Moha N’dri. Son frère aîné, un redoutable chasseur, décida d’aller lui rendre visite. Mais où allait-il la trouver puisque personne ne connaissait le domicile de son époux ? Alors, il se mit à la chercher partout. Et, un jour, il entendit au fond de la rivière la mélodie que chantait l’époux de sa cadette :
Moha N’dri é Moha N’dri é
Kan mi nou
N’dri wan kpoudan
Bian clamantché
Kan mi nou
(Moha N’dri Moha N’dri
Remue ma plaie
Parce que tu veux marier
Le plus beau garçon du monde).
Prudent, il avança à pas feutrés, guidé par le chant lointain. Après un moment, il découvrit l’habitation des jeunes mariés et il retrouva sa sœur qui soignait la blessure de son époux. Déterminé à la sauver, il fit discrètement un bruit pour attirer son attention. Dès qu'elle tourna la tête et le vit, il lui fit signe de le suivre. Mais au moment où elle tentait de s'échapper, le génie bondit vers elle en lui disant « A kan kan nou koun ? » — ce qui veut dire : « Tu ne remues plus ? ». C'est alors que son frère, armé d'un arc, décocha une flèche à bout portant sur le génie. Touché en plein cœur, le monstre s'effondra et rendit son dernier souffle. Libérés, Moha N’dri et son frère firent leur retour triomphal au village.
La moralité de ce conte, c’est que, à trop trier les garçons, on finit par tomber sur un génie.